Macadam Cowboys
Swen Renault

Macadam Cowboys

Dans sa série de photographies La Rumeur, fruit d’une résidence de six mois passés à New York, Swen Renault fige, image après image, des instants incertains, détails anodins qui deviennent, par le prisme de la composition et des jeux de couleurs, des visions saisissantes. Une façon de déjouer les attentes et de porter un regard latéral sur cette ville que l’on croit connaître par cœur avant même d’y avoir mis les pieds.


Photographies : Swen Renault
Perception : Fitzgerald Berthon

L ’animal est à l’arrêt. Non pas aux aguets, prêt à bondir sur sa proie. Mais estomaqué, paralysé face au bitume. Où courir ? Où fuir ? Où galoper ? Le monde animal parachuté dans la ville nous renvoie à la disparition de la nature. Meurtrissure de voir la terre étouffée sous la chaussée, le goudron tel un rouleau déroulé, nivelant reliefs et singularités. Planches de bois cloutées, le vivant est condamné. Pour combien de temps encore ? Avant la première fissure…

Montée des marches. La mer coule sur les murs. Le tapis dévale les escaliers. Rouge V.I.P. Colonnes de marbre. Immeuble avec groom. La ville spectacle. Décor. L’eau est un solide. Plaquée. Les éléments sont suggérés. Sols et parois unifiés. Artifice. J’habite une vitrine.

Condamné à la signalétique. Couleur criarde. Uniforme contemporain. Tout signale. Droite ou gauche, passe ton chemin, il faut avancer. Scarification des murs, des corps. Tatouage urbain. Roues coupées, routes séparées. Le sol est ordonné. Pas de débordement. Seule la lumière encore peut s’immiscer, librement.

Qu’y a-t-il derrière ces barreaux ? Un îlot de verdure sauvegardé ? Enfin un espace pour que l’Homo urbanus déroule sa marche, ses randonnées ? … Enfin un lieu où poser ses pieds nus. Droit à l’errance non balisée.


Swen Renault réagit

Tenter le portrait d’une ville relève de l’impossible… Tout au plus obtiendra-t-on la rumeur de la cité.”

« Cette citation du photojournaliste américain William Eugene Smith, je l’avais lue et notée plusieurs mois déjà avant de partir en voyage à New York. Elle a beaucoup conditionné ma façon d’envisager cette ville impossible à saisir, en constante évolution. J’ai d’ailleurs mis plusieurs semaines avant de réussir à y faire des images car j’avais l’impression d’avoir déjà tout vu, à cause des films, des séries télé, des reportages photo… C’est une ville ultraphotographiée, presque un style photographique à part entière ! Au final, je me suis rabattu sur la marche pour tenter de trouver une autre essence. Chercher ailleurs, loin du “signe”, du logo de la masse. En me laissant aller à la nostalgie, la mélancolie – deux états que j’éprouvais sur place, où j’étais très seul. »

Photographies extraites de la série La Rumeur, 2014.
Avec l’aimable autorisation de l’artiste