Stefano Marchionini
J’ai beau fouiller, tout est en ordre

J’ai beau fouiller, tout est en ordre

Avec sa série de photographies I see around me tombstones grey, Stefano Marchionini s’attache   pour le lieu de son enfance, près du lac Majeur en Italie. Magnifiant des détails à première vue insignifiants mais qui dans son regard prennent sens, il parle avec pudeur et simplicité de ce sentiment d’intimité qui le lie à sa famille et lui donne l’impression d’être chez lui près d’eux, malgré les années passées à l’étranger.


Photographie : Stefano Marchionini
Décryptage : Camille de Forges et Thomas Lapointe

Un profond tiroir dont les bords forment un cadre à l’intérieur de la photographie. Un cadre qui lui-même en contient d’autres, de différentes sortes : une boîte en carton remplie de lettres, une enveloppe en kraft qui déborde de papiers, une photo de famille… Les éléments s’imbriquent, les angles s’évitent, les couches se superposent. Autant de compartiments à souvenirs.
Trois sourires accueillants qui nous souhaitent la bienvenue dans ce tiroir où ils ont été enfermés trop longtemps. À côté d’eux, une petite tête surgit de derrière ce bric-à-brac et nous jette un regard insistant et légèrement agacé. « Qu’est-ce que vous faites là ?! »
Le regard se perd dans les détails : des idéogrammes chinois, des phrases en italien, des lettres « Par avion » au liseré bleu, blanc et rouge. On se met à rêver de destinations lointaines. Mais impossible d’en savoir plus. Déchiffrer les adresses, jeter un œil aux cartes postales, lire ces lettres, autant de plaisirs qui nous sont refusés.
Incongrus, Popeye et Olive, solidement ancrés l’un à l’autre, mal à l’aise dans ce capharnaüm. Que font-ils là au milieu de toutes ces reliques ? En sont-ils eux-mêmes une, ramenée d’un pays lointain ? Ou ont-ils été de tous ces voyages, compagnons de route infatigables ?
Un profond tiroir posé à même le sol, sur les dalles de carrelage bleu irrégulières, telle une coque de noix à la dérive, une épave ballottée par les flots. Qui l’a extrait de son meuble d’origine ? Et pourquoi ? Est-ce celui à qui appartiennent tous ces souvenirs, pour une ultime plongée dans son passé ? Ou au contraire celui qui reste, qui, au moment de vider la maison, découvre ces fragments de vie ?

Stefano Marchionini réagit
« Cette photo a été prise en août 2012, deux mois après le décès de ma grand-mère maternelle, le jour où nous avons commencé à vider son appartement. J’ai sorti certains tiroirs des meubles de sa chambre pour faciliter le tri de leur contenu. À l’intérieur, des lettres écrites par ma mère lors de voyages à l’étranger dans les années 70 et 80, des lettres envoyées depuis l’ancienne URSS, où mon père travaillait, des cartes postales, un souvenir de Chine… Une photo de ma grand-mère avec sa mère et mon grand-père. Une autre de ma mère, avec une improbable coiffure léonine, elle qui a les cheveux naturellement lisses. Les figurines de Popeye et Olive, je les ai toujours vues posées sur une étagère du meuble d’entrée de l’ancien appartement de mes grands-parents. Quand j’étais petit, j’y projetais l’image que leur couple formait : lui un peu bourru et bienfaisant, elle grande et déterminée. »