Simon Evans
Everything I don’t understand

Everything i don’t understand

Avec minutie et ironie, Simon Evans élabore de façon obsessionnelle des listes, des inventaires, des cartes, des diagrammes, des schémas, des lexiques à partir de matériaux banals. Se dessinent alors les contours d’une géographie personnelle.


Création photographique : Simon Evans
Décryptage : Catherine Minot

Léger agacement face à ce titre plat, qui annonce un processus de dénombrement systématique, une liste faisant image.
L’amorce d’une satisfaction, celle de l’œil placé au loin qui saisit une totalité colorée tout en y guettant un sens, une figure, un tracé indépendamment des éléments qui la composent.
La curiosité, presque l’excitation d’un gosse à découvrir un à un chacun de ces éléments soigneusement répertoriés et alignés : vêtements, vaisselle, mobilier, livres, disques… La première interrogation surgit avec la série des aliments. Il ne s’agirait donc pas d’afficher des possessions mais d’établir le décompte exhaustif de tout ce qui se trouverait à un moment donné dans un lieu d’habitation ?
Retour de l’amusement : chaque objet est accompagné d’un petit commentaire. Plaisir de la lecture, de l’élucidation de ces textes parfois descriptifs, d’autres fois loufoques, voire carrément hermétiques. Ainsi le numéro 357 se contente-t-il du cartel suivant : « Lentils », sous ce qui est manifestement un paquet de lentilles. Tout irait donc bien si, premièrement, des caleçons d’homme n’étaient pas mélangés à des robes. Et si, deuxièmement, le commentaire du numéro 210, « Jokes about the mystery of language », drôle et énigmatique la première fois, ne devenait presque inquiétant répété au numéro 217.
Découragement. Que fait ce « I », ce « je » du titre en alignant ces objets ? Du nombrilisme, de la sociologie, de l’art ? Ou tout ça et donc autre chose ?
Retour au titre. Belle démonstration de brouillage. Ou comment introduire inquiétude et vertige avec cette fausse somme que rien n’épuise, qui fuit et se défait, deviendrait presque démente.

Simon Evans réagit
“Nous (Sarah et Simon Evans) avons réalisé ce travail pour l’exposition « Island Time » (New York, 2009), qui s’inspirait librement du roman Robinson Crusoé. Ce travail était notre version des inventaires de Robinson Crusoé. Nous avons ainsi photographié les objets de notre maison par section, pièce par pièce. Tous n’ont finalement pas été utilisés car il ne s’agissait pas de suivre cette idée au pied de la lettre. C’est une œuvre d’art, pas un inventaire de tout ce que je possède. Une telle classification serait impossible, comme vous l’avez fait remarquer avec humour dans votre titre Everything I don’t understand. Si vous vouliez m’énumérer toutes les choses que vous ne comprenez pas, vous n’y arriverez pas, n’est-ce pas ? Ce « I », c’est tout le monde. J’aime les titres simples parce que les choses sont compliquées, tout comme l’est ce travail, qui sème la confusion. L’art est une question qui met en lumière des problèmes spécifiques. Les objets sont comme des plongeoirs pour la liberté de l’écriture. D’ailleurs, il ne s’agit pas vraiment d’écriture. C’est plutôt du dessin que l’on peut lire si on veut.
P.S. : Beaucoup considèrent Robinson Crusoé comme un manifeste capitaliste.”

 

 

Simon Evans, Everything I Have, 2008.
Avec l’aimable autorisation de la galerie James Cohan, New York and Shanghai © Simon Evans