Rencontre avec Sean Hart

Poétique du quelconque

Dans les rues de Paris, la nuit, Sean Hart se promène. Passant devant des matelas inertes, il décide de les réanimer. Vieux porteurs de nos rêves, les matelas se font alors, entre ses mains, porteurs de pensées. Par les mots qu’il y inscrit, forts, sur-explicites, ce street-artiste vient réveiller nos fantômes. L’impact des matelas de Sean Hart prend une autre tournure dans la série. Les messages se suivent tels des cadavres exquis.


Rencontre avec Sean Hart
Propos recueillis par Aurélie Laurent

« En août 2009, pris d’insomnies, je déambule dans les rues de Paris tard la nuit… Sur mon chemin je croise un, puis deux, puis plusieurs matelas. À partir de là, je décide d’utiliser ce support bien spécifique pour écrire dessus à la bombe de courts “poèmes” qui fonctionnent en série comme un cadavre exquis. Une fois que j’ai écrit sur un matelas, je le prends en photo dans la perspective de réaliser plus tard un livre qui les regroupera. Aujourd’hui, cette série est composée de plus de 100 photographies. Je cherche en général par mon mode d’intervention à mettre en place la surprise, le dérangement, les perturbations, la poésie en milieu urbain. Construire des histoires à partir de ce que l’on considère comme insignifiant et, du coup, animer l’inanimé. Donner à un espace quelconque et banal une dimension poétique. Travailler sur ces matelas est donc venu très naturellement. Le matelas, cet objet quotidien, totalement banal, est également très intime et porteur d’une forte symbolique car il nous rappelle toutes les actions que nous pouvons avoir faites ou avons faites dessus : sommeil, rêve, amour, jeux, réveil… Tout comme les différentes étapes de notre vie passée : naissance, enfance, adolescence… Un matelas “usagé” déposé à un coin de rue est déjà en soi un poème, une installation.

Le livre sera composé en majorité de matelas sur lesquels j’ai écrit mais aussi de matelas que j’ai juste pris en photo. Les “slogans” sur ces matelas sont des affirmations mais également des interrogations. Au départ, je les écrivais à main levée à la bombe, au fur et à mesure de mes rencontres avec les matelas. Aujourd’hui, je les réalise au pochoir. Les thèmes s’additionnent et se répondent les uns aux autres, cristallisant des histoires sans cesse en mouvement, indépendantes les unes des autres et pourtant inséparables du canevas général dominé par des sentiments ambivalents : absence / présence ; amour / haine ; désespoir / espoir ; enfermement / liberté ; vie / mort. »