Sandra Plantiveau vs. Piet Mondrian

Destruction naturelle

Sandra Plantiveau vs. Piet Mondrian

Fruit d’un geste long et minutieux, les dessins de Sandra Plantiveau sont des explorations immersives de la matière. Matières minérales et végétales (pierres, écorces de bois…) qu’elle représente, mais aussi matière même du dessin : fibres du papier comme grain du crayon. À travers une série de peintures d’arbres, Piet Mondrian fut, lui, un des premiers à s’affranchir de la figuration. À la représentation naturelle des choses, il préfère la « représentation des lois qui tiennent la matière ensemble ». L’un comme l’autre se jouent de la frontière toujours plus ténue avec l’abstraction.


Par Thomas Lapointe
Créations graphiques : Mass Confusion
Narrations subjectives : Camille de Forges

Naître sur la toile, c’est déjà ne plus s’appartenir. Derrière un rideau de pluie, l’arbre peint déploie péniblement une ramure griffée. Quel est son nom ? Ce doit être écrit sur cet ostracon qui le condamne.

Sandra Plantiveau, Pin Laricio, 2013. Avec l’aimable autorisation de la galerie PapelArt.
Piet Mondrian, L’Arbre rouge, 1909.


Mais dans le souffle hurlant de vents contraires, le destin se retourne, blessé à vif. Un ultime effort des bras de bois voit la prison crever. Rejetons, frémissez à l’air libre, un tronc vigoureux vous projette vers la délivrance !

Sandra Plantiveau, Pin laricio, 2013. Avec l’aimable autorisation de la galerie PapelArt.
Piet Mondrian, L’Arbre gris, 1911.


Quel bonheur que d’étirer ses membres avec un compas ! C’est à présent un combat pour l’espace, les courbes le rempliront mieux en repoussant la carapace éclatée. Avec l’ingrate vigueur des fous de vie, les branches se font balais.

Sandra Plantiveau, Bâton, 2010.
Piet Mondrian, L’Arbre rouge, 1911.


Il est un âge béat, à l’acmé des puissants. C’est un âge mûr qui porte des fruits, qui emprunte la douceur et l’ondulation parfaite des paysages toscans. Libre, la créature apaisée se mue en chandelier vert d’eau.

Sandra Plantiveau, Priape, 2009.
Piet Mondrian, Pommier en fleur, 1912.


À trop charpenter son existence, son nom s’est perdu, sa forme aussi. Dans le mélange des cases, la fantaisie domptée se renouvelle en harmonie confuse. N’accuse personne, vois plutôt la poutre dans ton œil.

Sandra Plantiveau, Poutre, 2011 (collection privée).
Piet Mondrian, Composition n° 6, 1914.


Rendu fatalement sourd par l’explosion, il se désintègre. Quoi donc ? Ah oui, c’était un arbre, il y a si longtemps. Eparpillées en petites croix, les frondaisons d’un cimetière se répandent autour d’un cœur charbonneux. Défaite de la matière, évocation peinte.

Sandra Plantiveau, Petit éclat, 2012. Avec l’aimable autorisation de la galerie PapelArt.
Piet Mondrian, Composition n° 10, 1915.


Sandra Plantiveau réagit
Sandra Plantiveau nous livre ses quelques premières impressions sous la forme de mots-clés.
« Tordre – Danser – Brûler – Ne pas contempler – Mesurer avec les pas – Déraciner – S’éloigner – Retracer – Segmenter – Dissoudre – Capture – Disperser – Révéler – Déstructurer »