Rosa Maria Unda Souki
Effraction diffraction

Effraction diffraction

Souvenirs de jeux de gosses. L’été, sur la plage, froncer les yeux, fixer le soleil. Contempler le monde extérieur, le monde quotidien, partagé, des adultes, l’œil collé à des tessons de verre trouvés dans la terre résurgente des jardins. Ou poser de grosses lentilles bombées sur de sages images de journaux, d’illustrés.


Peinture : Rosa Maria Unda Souki
Décryptage : Catherine Minot

Teintes
Bleu violacé puis rose aussi, de ce rose fuchsia réservé aux gens de mauvais goût ou à l’enfant. Teintes insistantes, liquides, tel le songe ancien d’un monde miniature, clos et protégé. De cette féérie prénocturne émerge, décentrée, une zone orangée, qui enfle et gondole : tapis, parquet, dos de monstre qui s’éveille ?
Échappée
Je voudrais tout inspecter, détailler, je voudrais faire le tour de ce cercle onirique, de cette projection qui écartèle, brutalise et recompose cette intimité suspendue. Mais je ne peux pas. Je ne peux me détacher des deux rectangles bleu sombre qui percent ce suspens dans son point méridional, par où s’imagine une nuit inconnue, un trouble, le désir d’en finir avec l’univers mortifère de l’enfance.
Rémanence
Je ferme les yeux. Millefiori d’encre et de gouache. Et ne vois maintenant plus rien que cela : tache jaune, fruit, ananas au bord de la corbeille. Unique touche vive, préservée, dans cette dysmorphie méticuleuse, cette morte nature que le travail de la mémoire a malmenée.

Rosa Maria Unda Souki réagit
« C’est à partir du particulier, du subjectif, du temporel que peut être évoqué ce qui est intemporel, pluriel, commun. Qui n’a pas un lieu, une maison d’enfance qui constitue en quelque sorte “la” référence spatiale pour le reste de sa vie ? Bien sûr qu’il s’agit de l’enfance, mais dans la mesure où l’on découvre l’espace avec la curiosité et la fraîcheur d’un regard neuf. Dans ce regard, tout est permis, les formes et les couleurs ne passent pas par le filtre du goût, mais par celui de l’affectivité, de la mémoire. Le style en est une conséquence. Finalement, c’est une relation bilatérale, l’espace nous entoure en même temps qu’on l’embrasse de notre regard. Sinon, il y a toujours des portes et des fenêtres pour entrer ou sortir. Moi ? J’aime bien rester… Restaurer et préserver la présence de ceux qui ne sont plus là. »