Pierrick Naud et Ulrika Kestere

Au loin s’en vont les nuages

Dans les étranges dessins au fusain de Pierrick Naud fourmillant d’indices et multipliant les transparences, l’humour se mêle à la poésie. Avec sa série The Girl with the 7 Horses, Ulrika Kestere crée en sept images un conte de fées photographique.


Œuvres : Pierrick Naud et Ulrika Kestere
Narration liante : Camille de Forges

Faire le vide pour espérer le remplir de neuf. Un pied en terre, un autre en l’air, elle danse les yeux fermés pour mieux rejoindre l’ailleurs. Elle ne se connaît plus, elle est autre. Elle perçoit le galop de son cœur et le crissement de l’herbe agacée, à grands traits de mine sur le papier. Elle danse. Quand le vide sera total, quand ses deux pieds quitteront le sol gris, elle lâchera les deux noirs augures vers le ciel. Elle se découpe, se détache, s’invente. Il était une fois… Un nuage a henni, rien d’étonnant, la pluie menace. Elle danse. Ici, avant, il n’y avait rien, un caillou plat ; on y foule des cheveux verts, à présent. L’amble têtu, elle s’épuise à battre la campagne comme on cravache ses rêves. Plus loin, plus vite. Il était une fois, une seule. Elle ne pourra pas revenir : derrière, la forêt mange ses pas. Elle ne gardera rien, pas même le souvenir de ses mains dans la crinière herbue. Le vent souffle court sur la prairie, le martèlement des sabots s’estompe. Ils s’affaissent doucement dans le silence, le regard perdu dans le vol des noires colombes. Oiseaux, allez dire à l’infini du ciel qu’ici le rêve se meurt pour obéir à ses lois.

Pierrick Naud réagit
« Ainsi
Ainsi va la vie ici
Et là
Ainsi va la vie là
Et nous…
Peuple dansant sur un air faux
Brisons la glace
Et desserrons l’étau. »

Ulrika Kestere réagit… ou pas
Hélas, Ulrika, pour des raisons de santé, n’a pas pu se prêter au jeu des réactions.


Ulrika Kestere, The Girl with the 7 Horses.
Avec l’aimable autorisation de l’artiste
Pierrick Naud, Les messagers, 2011.
Avec l’aimable autorisation de la galerie Particulière (Paris), collection privée