Mikhail Palinchak Jr
Le sens

Le sens

C’est dans les rues de Kiev, la capitale ukrainienne, que Mikhail Palinchak Jr, fils du célèbre photographe du même nom, prélève des corps en mouvement, couleurs, ombres ou surfaces, autant de fragments urbains qui tendent vers l’abstraction.


Photographie : Mikhail Palinchak Jr
Décryptage : Catherine Minot

Quel est le sens. Je veux dire dans quel sens l’œil doit-il se déplacer sur cette ligne blanche qui zèbre plus qu’elle n’éclaire l’encre qu’elle surplombe ? Vers ce qui serait le fond du tunnel ou plutôt vers son issue – à moins qu’il ne possède pas d’issue, qu’il soit ce boyau sans fin que les rêves parfois élaborent et tourmentent.
Et cette masse sombre, confuse, pareille à un lavis qu’éteindrait l’eau, s’avance-t-elle, faible projection des noires silhouettes à l’arrière, ou bien au contraire les présage-t-elle en tentant de s’y condenser, de s’y rejoindre ? En un vain combat pour la forme, un tracé.
Oiseau à terre aux ailes ramassées. Ange anonyme, descendu dans l’instant. Souvenir d’inconnus en allés. Ton visage surtout disparaît.
Faire pivoter, tournoyer, cette photographie ? Et creuser l’inquiétude immobile de ce qui s’absente.

Mikhail Palinchak Jr réagit
“Depuis que je me suis installé dans la « grande ville » [Mikhail Palinchak a grandi à Oujhorod, en Ukraine, avant de s’installer à Kiev, la capitale, ndlr], je me suis rendu compte qu’on ne se sent nulle part aussi seul que dans ces foules de gens tout aussi seuls que vous – ces masses grises de la solitude qui se meuvent sans véritablement savoir pourquoi. La foule anonyme et maussade des grandes villes nous entoure partout chaque jour, absorbant notre individualité et la transformant en une partie de ce grand tout. Les ombres ne viennent de nulle part et ne vont nulle part, et, à un moment donné seulement, on se rend compte qu’on fait nous-même partie de cette grisaille, comme une goutte d’eau dans un océan, impossible à distinguer des autres. Cette photographie fait partie d’un projet intitulé Shadows (Ombres), qui interroge la solitude et la perte de l’individualité.”