Les grandes découvertes
Melinda Laszczynski

Les grandes découvertes

Avec sa série de collages National Geographic, Melinda Laszczynski crée, à partir de fragments découpés dans le plus célèbre magazine de voyage, des paysages nouveaux, impossibles, et pourtant tellement poétiques et fascinants.


Collages : Melinda Laszczynski
Perception : Fitzgerald Berthon

Le moment où Colomb fut le plus heureux ne fut pas quand il a découvert les Amériques, c’est quand il les découvrait. — Merci Aglaé pour cette pensée. — Cet instant précis juste avant d’y être. Ce moment vertigineux où la foi, l’espérance, la conviction de parvenir à son but… devient réalité, rencontre la réalité. Où le fantasme se mêle au réel, sans que l’on parvienne à distinguer l’un de l’autre. Le doute intérieur et la preuve extérieure sont aussi forts l’un que l’autre. On croit profondément à chacun, impossible de les démêler. Une tension unique et parfaitement équilibrée, dans laquelle nous sommes joyeusement empêtrés.

Il suffit d’un aperçu. D’un détail. De quelque chose d’insignifiant. Et c’est précisément par les limites de cette vision que tout semble possible. C’est tout le hors-champ qui provoque notre imaginaire. Lui donne le droit d’exister. L’oblige même. Cette obstruction de la vue est obligation à voir. Voir à l’intérieur, voir au-delà.
Un microcosme de matière entraîne une avalanche de sensations. La vue est sensation. Le temps pour voir, l’espace pour écouter. Les nuages sont froids, l’océan est solide.
C’est comme un morceau de terre suspendu dans le ciel. Une île dans les nuages. À quoi donc tient la Terre ? Par le vide. Le vide nous soutient. Nous projette. Appuyé sur le néant, tout devient possible. Là où je suis faible, c’est là que je suis fort. Richesse de la pauvreté.


Melinda Laszczynski réagit
« J’aime la phrase : “Cet instant précis juste avant d’y être”, car elle implique un entre-deux spatial empli d’anticipation et d’incertitude. Il y a une tension entre l’espace réel et l’espace imaginé, l’abstraction et la représentation, et c’est à quoi je m’attache dans mon travail. La représentation peut être restrictive ; l’abstraction possède un potentiel d’extension et de possibilité. Un ciel peut être une montagne, qui peut être de l’eau, qui elle-même peut être le sol. L’espace en négatif — le vide expansif — contient encore plus de possibles. Je cherche à encourager l’observation attentive, particulièrement envers ce qu’on a l’habitude de négliger et qu’on ne perçoit qu’en surface. La valeur se trouve dans le fait de vraiment regarder quelque chose, ce qui se différencie de simplement voir. »