Julien Salaud vs. Ver Sacrum

Bestiaire printanier

Julien Salaud vs. Ver Sacrum

Artiste émergent à suivre à la trace, Julien Salaud fait bon usage de la collection de taxidermie léguée par son père. Il réinvente un monde mystérieux mariant les espèces et jouant des ornements. Un milieu qui nous renvoie à l’Art nouveau dans ses formes et ses sujets. Mises en correspondance avec ces créations contemporaines, les œuvres de la Sécession viennoise et en particulier celles issues de la revue Ver Sacrum « Printemps sacré » (lancée par Gustav Klimt en 1897) révèlent une autre facette d’elles-mêmes. Rencontre du troisième type où les divinités croisent les être hybrides et se répondent.


Créations graphiques : Atelier Beau/Voir
Narrations subjectives : Thomas Lapointe et Anna Serwanska

Offrande

Sage, stryge ou harpie, vous ne savez décidément me considérer. Mais n’ayez crainte car cette nuit j’ai mis le pap’ et ne suis que distinction courtoise. L’équinoxe se pointe. Perséphone apprêtée se languit de se hisser jusqu’à nous. Quant à l’océanide grisée de l’âpre coulée de pavot, témoin oculaire au globe jaunâtre de notre lente ascension, elle se morfond, la fine. Je la prendrai sous mon aile. Et lorsque sa chevelure viendra s’éprendre de mon plumage, je me démasquerai alors.

Julien Salaud réagit
« Attention : cette stryge est nyctalope ! Allergique au soleil, elle ne se démasque qu’en lune noire. »

Gustav Klimt (1862-1918), Exposition d’art de l’Association des artistes des arts visuels en Autriche, 1898.
Julien Salaud, Monsieur-Dame-Daim 9.


Sagement animal

Sous le regard de la Sagesse, deux êtres hybrides, à la fois homme et animal, se jaugent. Tous deux, de l’homme, ont conservé l’acharnement et l’élégance. Mais l’un, monstre bestial au cœur du labyrinthe crétois, déploie la puissance taurine pour éprouver l’esprit humain dans un rite sacrificiel. Quand l’autre, daim véloce et craintif, pose son corps d’esthète et pare ses ramures d’ornements interdits. Arbre de vie.

Julien Salaud réagit
« L’acharnement, d’accord. Mais il me semble que l’élégance est plutôt une qualité de femme, non ? »

Koloman Moser (1868-1918), Conception d’affiches pour la première exposition générale de la Sécession, 1897.
Julien Salaud, Mimétisme nocturne.


Muse

– Sphinge, avant que ne se présente à toi l’homme aux pieds gonflés, ta métis je viens mettre à l’épreuve. Élucide mon énigme et je t’offre mon émeraude.
– Je refuse. Cette pierre, que ma peau viendrait sertir, garderait la lumière pour elle. Or, ma nudité me sert plus que tout ornement. Vois comme elle trouble les sens des impétueux. Face à elle raison s’affaisse et je gagne.
– Pfft… mauvaise joueuse…

Julien Salaud réagit
« Je connais très bien Megasoma, jamais il ne se séparerait de sa précieuse, surtout pas pour une sphinge sans plume ni griffe. »

Franz von Stuck, Sphinx, 1904.
Julien Salaud, Précieux Mégasoma.


Ricochets

Athéna aux yeux pers, ton égide, qu’Héphaïstos l’illustre artisan a su rendre invulnérable, brille de mille feux devant l’ennemie. Ornée de la tête de la perfide Méduse, elle lance de son œil vif et perçant des regards étincelants qui me pétrifient. Elle se moque. Je deviens porc et pique.

Julien Salaud réagit
« Et toc. »

Gustav Klimt, Pallas Athena, 1898.
Julien Salaud, Petit renard étoilé.


La pie par trois

– Voleuse ! Infortunée, tu es prise. Ton goût pour la luxure s’est révélé piège. Les perles te pèsent et tu n’atteindras plus aucun zénith.
– De grâce, vous trois, ne me jugez pas si vite. C’est que le poids des préjugés me couvre plus lourd que ce sautoir devenu chaîne.
– Bavarde ! Fi de tes mauvaises postures. Ose planter ton regard au fond du miroir, que l’on juge de ta conscience sur le vif.
– Vous qui jamais ne daignez lever les yeux ne percerez pas mon âme.
– Vagabonde ! File ! Nous ne t’aiderons point.

Julien Salaud réagit
« Cela voudrait-il dire que la liberté est incompatible avec la loi ? »

Koloman Moser, Affiche pour la XIIIe exposition de la Sécession, 1902.
Julien Salaud, Constellation de la pie.