Jen Davis
La disparition

La disparition

Dans son projet au long cours Eleven Years, Jen Davis s’est mise en scène dans d’audacieux autoportraits, troublant voyage personnel où il est question du regard que l’on porte sur le corps.


Photographie : Jen Davis
Décryptage : Catherine Minot


Découper une photo, cette photo, serait-ce envisageable ? Poser, par exemple, ce visage de femme qui émerge d’un couvre-lit sur ce corps allongé, tronqué ?
Ou alors renverser la photo, le bord gauche devenant le bas ? Son visage roux et blanc à elle se perd, s’efface, tandis que son corps à lui, mutilé, incomplet, s’allonge, hésite entre le Christ en croix et l’amant négligent, voire le gigolo.
Je vois de la blancheur, des drapés, des plis. Blanc du visage, des draps, de la naissance du sein. Plis du drap sur son corps a lui, plis de sa chair à elle sous le couvre lit et le blanc – suspens entre eux. Ce blanc entêtant qui envahit l’image et cache cet ultime pli sur son visage à elle, cette moue qu’elle a, trop visible.

Jen Davis réagit
« Je ne souhaitais pas ce qui allait arriver ensuite, je redoutais ce qui pouvait se passer, mais j’avais désespérément besoin d’une image. Cette émotion, ce sentiment dans mon regard sont sincères ; une question, une confrontation, une séparation. La façon dont le corps, le couvre-lit et le mur déteignent l’un sur l’autre crée une distance dans l’espace, symbole de la distance entre nous deux. Le contraste de taille, de grain de peau, de couleur et d’expression, tout se fond dans cette couleur claire et froide. C’est le regard qui attire le spectateur, essaye de lui faire comprendre cette histoire et questionne sa véracité. La vulnérabilité des corps, cette masse protégée d’un côté, ce corps exhibé et observé de l’autre. »