Rencontre avec Julien Salaud

“Travailler sur l’animal me sert d’échappatoire”

Reconnu sur la scène contemporaine pour son travail autour de la forme animale, Julien Salaud n’en est pas moins un artiste polymorphe qui questionne son statut d’humain.


Rencontre avec Julien Salaud
Propos recueillis par Thomas Lapointe

Votre travail adopte des formes très différentes…
Aujourd’hui, il y a un focus autour de la thématique de l’animal dans mon travail, mais j’ai commencé avec des peintures et des moulages d’empreintes du corps. Au moment où j’ai abordé le sujet animal en 2008, cela m’a permis d’adopter un autre point de vue sur l’humain que celui de l’homme, qui me paraît souvent sclérosant. Au contraire, travailler sur l’animal me sert d’échappatoire.
Depuis 2010, vous enchaînez les expositions et vos travaux sont parus dans la presse. Qu’est-ce qui vous a porté sur le devant de la scène contemporaine ?
Le travail artistique autour de l’animal était surtout avancé dans des pays comme l’Angleterre, les États-Unis ou l’Australie. En ramenant cette question en France, j’ai peut-être ouvert quelques perspectives nouvelles. Mon travail est assez tentaculaire, il part dans tous les sens, mais je ne veux pas l’empêcher de s’étendre par lui-même. Son côté polymorphe fait qu’il est sans doute difficile à appréhender, mais c’est important pour moi de mélanger les approches, de multiplier les regards.
Vous créez souvent des êtres hybrides, presque monstrueux, notamment à partir d’insectes …
Je me suis mis à travailler sur des insectes, en tentant d’associer le sauvage et le domestique. D’une part grâce à des assemblages entre des corps d’insectes et des ailes (de papillons, d’oiseaux…), d’autre part grâce à des ornementations. Deux pratiques que j’ai ensuite réunies pour amplifier la force de l’imaginaire. L’ornementation casse la dimension monstrueuse des insectes, quand l’assemblage lui procure une autre densité.
C’est aussi vous-même que vous mettez en scène dans votre travail…
Je mettais déjà mon corps en jeu quand je réalisais des empreintes de corps en peinture, ou des moulages, et que je travaillais sur la frontière qu’est la peau. Puis, à travers la photographie, je me suis mis en scène avec le bestiaire que j’ai créé. À chaque fois que je reviens à travailler sur mon propre corps, c’est pour assurer des interactions et relancer ma création.
Vous dites n’avoir pas reçu d’éducation artistique particulière…
C’est vrai que j’allais plutôt visiter le Muséum d’histoire naturelle avec mes parents que le musée du Louvre. Encore aujourd’hui, je tente de conserver dans mon regard ce que m’ont appris les sciences. Toutefois, j’ai besoin de cette part d’imaginaire qu’elles n’ont pas… Je suis moins un observateur qu’un contemplatif.
Dans votre enfance, vous avez connu une forme de marginalisation, notamment en raison de votre nom qui suscitait les moqueries. Cela a-t-il eu un impact sur votre démarche artistique ?
Qu’est-ce qu’un humain aujourd’hui ? Un homme hétéro, blanc, occidental et mature. Ces formes de marginalisation, je les ai en partie connues pendant l’enfance et l’adolescence, de par mon nom, de par mon homosexualité, mais elles m’ont directement amené aux questions que je me suis posées. Et l’animal m’a apporté des réponses en m’extrayant de mon statut d’humain pas tout à fait dans la norme.
Quels sont vos projets pour 2011 ?
J’ai produit beaucoup de dessins ces derniers temps. Je vais aussi chercher à exposer mes moulages, car je n’ai pas envie d’être estampillé zoophile, même si je le suis profondément. Mais plus généralement, dans mon approche artistique, je tente de mieux comprendre ce que sont les spectres.