Rencontre avec Choi Xooang

« Seul l’art pouvait me parfaire en tant qu’individu »

Entre l’hyperréalisme de sa facture et l’onirisme virant parfois au cauchemardesque de son univers, le travail du jeune artiste coréen Choi Xooang nous fait basculer d’un monde à l’autre en un battement de cils.


Rencontre avec Choi Xooang
Propos recueillis par Thomas Lapointe

Comment est né votre désir d’être artiste ?
Dans ma jeunesse, quand ma famille était au travail ou à l’école, ma mère me dessinait toutes sortes de plantes et d’animaux. Je me souviens de ces moments comme parmi les plus heureux dans ma relation avec ma mère. Probablement parce que grâce à ces souvenirs, j’avais pris l’habitude de dessiner, où que je me trouve et peu importe l’agitation autour de moi, du moment qu’il y ait un crayon et du papier. Quand je suis entré en lycée artistique, j’ai pu expérimenter la technique du dessin, de la peinture à l’huile, de l’aquarelle, du design en deux dimensions, de la sculpture. J’ai eu un jour par hasard l’opportunité d’assister à un atelier de sculpture d’élèves en dernière année. À partir de là, j’ai tout naturellement commencé à travailler la sculpture. Parallèlement, j’avais toujours plus foi dans le fait que seul l’art pouvait me parfaire en tant qu’individu. Pendant mes années à l’université, j’ai dû passer un bon moment à me battre et lutter face à un nombre incalculable de critiques, et en même temps, de remarques épanouissantes et de convictions absolues. Mais le temps passant, mon ambition et mon désir d’être artiste se sont renforcés !
Vos sculptures nous font penser à des êtres ou des créatures comme échappées d’un rêve. Vos rêves sont-ils une source d’inspiration ?
Mon travail est un processus de substitution de situations réalistes mettant en scène cet objet physique qu’est le corps. Dans mes œuvres, le corps n’est pas un objet stable, mais un élément variable qui peut être modifié par la situation dans laquelle il se trouve. Dans la réalité, la plupart des gens changent en fonction de leur environnement. La source de mon travail n’est donc pas tant le rêve que la réalité elle-même.
La plupart de vos œuvres ont une telle force qu’elles créent chez le spectateur un sentiment ambivalent qui les font passer d’un état de fascination à celui de malaise…
Il serait tout aussi ambigu de dire que je fais cela volontairement. Je crois que toute chose possède de multiples facettes. Quelque chose de beau possède forcément, dans ses recoins cachés, de la tristesse ou de la laideur. Quelque chose de noble et de pur a forcément des aspects cruels ou répugnants. C’est sans doute la raison qui me pousse à exprimer une telle ambiguïté dans mes œuvres.
Votre travail semble très influencé par le thème de la maladie : des sculptures de personnages chauves évoquent les cancéreux, d’autres s’inspirent du syndrome d’Asperger. Même la constante nudité de vos personnages évoque la vulnérabilité de l’être humain. Pourquoi une telle thématique ?
Nos contemporains tentent de tout définir ou de tout catégoriser selon les nations auxquelles on appartient, les sociétés dans lesquelles on travaille, les écoles que l’on a suivies, les lieux où l’on vit ou même les biens qu’on possède. Imaginez à quel point un individu peut être fragile quand il est catégorisé par un statut social et non plus par une préférence individuelle ou quelque chose de naturel dans sa personnalité… ! J’imagine que cette idée est liée au fait que les personnages nus dans mon travail aient l’air si faibles et si fragiles.
En représentant des personnages incapables de parler ou de voir, souhaitez-vous évoquer notre société (en Corée ou ailleurs), la montée de l’individualisme, la difficulté de communiquer, l’isolement contemporain, la question des droits humains et de leur abus ?
Une société idéale et stable serait un endroit où chaque individu est respecté et non pas aliéné. Mais la plupart des pays développés (et pas seulement la Corée) menacent les êtres humains en les considérant comme de simples unités de production et de consommation, sans même respecter leur dignité humaine. Ce sont ces individus, avec leurs fragilités et leurs faiblesses, et dans leur relation avec la société, que je veux continuer à questionner dans mon travail.
Quels artistes vous inspirent ?
Tout artiste travaillant avec une passion et une foi infinie peut m’inspirer de bien des façons.