Rencontre avec les 22 Designers

Entre attraction et répulsion

À l’occasion de l’exposition « Repeat me », les membres du collectif des 22 Designers ont présenté, autour des notions de motif et de répétition, l’originalité de leur travail graphique, dont « Entre » s’est ici emparé. Chacun à leur tour, ils nous expliquent leurs créations.


Entretien avec Frédérique Vernillet, Céline Chapelain, The Viola Institute, Aurélia Jourist & Tristan Bonnemain
Propos recueillis par Thomas Lapointe

Frédérique Vernillet

« Mon travail de recherche sur les animaux vient de mon attirance pour leur beauté naturelle, leur puissance, et leur pouvoir de fascination, mais aussi la peur qu’ils nous inspirent. La vue des animaux provoque des sentiments contraires, tout comme le motif dans sa forme répétitive se situe souvent à la lisière de l’attraction et de la répulsion. C’est cette cohabitation de sentiments contraires qui m’obsède. L’expression d’une limite à côtoyer sans jamais la franchir. Tout comme le sens d’une œuvre perd ou non de sa force ou de sa valeur selon sa forme, ou en fonction de son support, la répétition d’un motif le place dans une nouvelle dimension, modifie le rapport que le spectateur va accorder au trait, à l’émotion ou au sens de la représentation. Faire cohabiter le dessin en tant qu’œuvre, et sa répétition déclinée en tant que papier peint souligne cette dualité et questionne l’importance que l’œil accorde au détail, au sens, à la puissance des images. »

Céline Chapelain

« Depuis un petit moment, j’imaginais mes dessins sur un autre support que le textile, sur du bois, l’envie de confronter mon écriture graphique à un bois brut, nervuré. Le rapport à la matière pour moi est primordial. Je n’ai pas trop réfléchi, je me suis laissé guider par mes envies et j’ai réagi au fur et à mesure. J’ai ici dessiné mon motif dans un carré en cherchant à ce que la répétition de ce carré dessine une composition, un peu à la façon des azulejos. Le résultat est un parquet en bois sur lequel j’ai sérigraphié le motif, avant de le vernir. Le titre Les Marais de Key West est un clin d’œil au naturaliste Jean-Jacques Audubon. »

The Viola Institute

« Je trouve que cela donne un sentiment d’énergie tout autre au motif, quand les formes naissent d’objets en mouvement. Je crois aussi que l’énergie du mouvement lui-même est capturée dans la forme, même si vous la fixez. Le mouvement dans l’espace déforme également les formes et les couleurs de façon très intéressante ! Un joueur de football lambda peut se transformer en une forme abstraite véritablement complexe et puissante. Une rayure quelconque peut se transformer en une vague flottante et sensuelle aux ombres multiples. »

Aurélia Jourist

« Mon travail consiste à produire un corpus d’images sous le nom de Mappermondes, issus du codex podolien [la Podolie est une région d’Europe de l’Est, aujourd’hui située en Ukraine, ndlr]. Que reste-t-il du paradis podolien ? Je l’ignore. J’aime dessiner l’attente, l’évocation sereine d’un bonheur, des espaces suspendus, des volatiles perdus dans des paysages idylliques, une terre luxuriante en toute saison, dans un temps qui ne vieillit jamais, réconciliés avec la nature. Ce bestiaire attend, avec une ferme conviction, peut-être une ascension divine, un salut, ils ne font rien, ne produisent rien… ils attendent, qui, quoi, je l’ignore, ils marquent la fin ou le début de quelque chose. »

Tristan Bonnemain

« Intitulée Raymond & Mireille, l’installation présentée dans le cadre de « Repeat me » est à dominante noire et blanche, composée de papier peint, de bois laqué et de dix-huit illustrations encadrées. Ici nous est contée l’irruption d’une colonie de monstres bienveillants dans le quotidien tranquille d’un couple de personnes âgées. Ainsi le papier peint de la maison, d’inspiration classique, est-il peuplé de milliers d’envahisseurs. Ceux-ci vont se répandre jusque dans les bibelots et les tableaux peints par les habitants de la demeure. Un loup et un robot s’invitent, des arbres et d’autres plantes poussent aussi au milieu du salon, métamorphosant celui-ci en une forêt enchantée d’intérieur. »