Augustin Le Gall
Expressions libres

Expressions libres

Dans ce travail entamé en 2011 sur fond de révolution tunisienne, Augustin Le Gall capte les visages d’une jeune génération pleine d’espoir alors que la société, en pleine transition démocratique, doit faire face à de nombreux défis.


Photographie : Augustin Le Gall
Décryptage : Catherine Minot

Résister, est-ce ouvrir les yeux ou les fermer ? Pourquoi les yeux, d’ailleurs, pourquoi pas la bouche ?
La bouche, barrée d’une croix bleue, la bouche close fermée, la bouche qui ne dit pas ce que les yeux voient. Garder les yeux ouverts, de biais, même de biais ou par en dessous, mais ouverts pour enregistrer mémoriser conserver, pour se faire archiviste documentaliste chroniqueur en douce du dur malheur quotidien.
Et puis, avant d’arracher le bâillon, d’avancer les lèvres pour clamer murmurer scander : non oui je veux, de se contredire et de recommencer. Avant tout cela qui fait bruit et nombre, sur les places de toutes les libérations. Avant cela – rêver, fermer les yeux, se rendre à l’enfance, éclairée de l’intérieur. Rêver d’un monde habitable.
Les yeux fermés, pincer un peu les lèvres, crainte et excitation mêlées. Sourire, sourire encore, avant d’ouvrir les yeux et d’exiger.

Augustin Le Gall réagit
« Ces deux portraits font partie d’une série réalisée pendant la révolution tunisienne. En février 2011, j’ai été frappé par la jeunesse des manifestants qui scandaient leur mécontentement contre les gouvernements de transition accusés de trahir la révolution populaire. À l’instar des slogans inscrits sur les murs de cette place désormais célèbre, j’ai demandé à ces jeunes qui portaient ces traces visuelles sur leurs visages de poser les yeux fermés puis les yeux ouverts, symbolisant cet éveil démocratique et cette vigilance mobilisée, marquant l’espoir d’une liberté d’expression durement conquise. »