Voyage d’hiver
Abbas Kiarostami

Voyage d’hiver

Minimalistes et silencieuses, les photographies d’Abbas Kiarostami naissent d’une observation patiente et attentive de la nature. Car pour le cinéaste et poète iranien, c’est dans la contemplation que survient la beauté.


Photographies : Abbas Kiarostami
Perception : Jack Tone

Jamais le décor ne se dérobe
À la limite
On laisse venir
À la lumière
Les mots donnés aux saisons
Jamais la scène ne s’analyse
À l’arraché
On réalise
À la lumière
Le temps donné aux traductions
Aucun sens ne se laisse suivre
Jamais
Seul un sursis nous autorise
Une lumière à la dérive
À lever les yeux
En dehors de toute considération

Le silence à portée d’une vision
On s’éternise
Au-devant des horizons inviolés
Loin de nos jardins secrets
À la lumière
À tout jamais


Abbas Kiarostami réagit
Cinéaste iranien palmé à Cannes et reconnu dans le monde entier, Abbas Kiarostami est aussi photographe et poète. « Éprouver du bonheur au milieu de la nature », voilà ce qui le guide dans sa quête artistique. C’est ainsi qu’il s’est réfugié dans la forêt comme à chaque été et que nous n’avons pu recueillir sa réaction. À la place, nous avons fait le choix de publier quelques extraits de son entretien avec Michel Ciment paru dans l’ouvrage Photographies, Photographs, Fotografie… (Hazan, 1999).

« Un jour où je n’avais rien à faire, je me suis acheté un appareil photo Yashika bon marché et j’ai pris le chemin de la nature. J’avais le désir de faire un avec elle. J’avais en même temps le désir de partager avec les autres ces moments agréables dont j’étais le témoin. C’est la raison pour laquelle j’ai commencé à prendre des photos. Éterniser en quelque sorte ces moments de passion et de douleur. »

« Les paysages perdent leurs détails quand ils sont couverts de neige et trouvent une nouvelle beauté […]. J’ai toujours la nostalgie de la neige. Elle a un lien avec notre enfance […]. J’ai l’impression qu’avant il neigeait davantage. Au point qu’on était obligé de fermer les écoles. C’est peut-être pour cette raison que nous étions joyeux. Ou bien la neige rend-elle tout simplement les gens joyeux ? Car même les petits qui n’avaient pas l’âge d’aller à l’école étaient heureux. »

« La géométrie et l’art de la proportion existent déjà dans la nature […]. Il faut seulement les découvrir et en connaître le sens ou, au moins, l’interpréter. […] L’interprétation de ces photos est à la charge des spectateurs. Les spectateurs peuvent avoir des interprétations diverses. »

Abbas Kiarostami, Snow series, 1999.
Avec l’aimable autorisation de la galerie Pari Nadimi (Toronto).